Auteur : Yuǎnshān Dòngjiàn
Fin janvier, le ministère des Finances a officiellement lancé le projet pilote de licences pour les plateformes d’échange d’actifs cryptographiques
La barrière d’entrée de 10兆 VND (près de 3 milliards de RMB) élimine directement les petits acteurs, les géants financiers locaux entrent en scène
Établir une nouvelle division géopolitique : « conformité à Dubaï, développement au Vietnam », dans le but de devenir la « usine de sous-traitance centrale » du Web3.
Le forum de Davos vient de se terminer, le PDG de BlackRock déclare que « le système financier devrait migrer vers Ethereum », la NYSE annonce le développement d’une plateforme de titres tokenisés.
De leur côté, le ministère vietnamien des Finances lance le projet pilote de licences cryptographiques, avec une barrière d’entrée de 10兆 VND (près de 3 milliards RMB), excluant directement les petites plateformes.
La finance traditionnelle adopte le Web3, les marchés émergents d’Asie du Sud-Est instaurent des barrières de conformité. Veulent-ils devenir le prochain Hong Kong ou le prochain Singapour ?
Fin janvier, le ministère vietnamien des Finances a officiellement lancé le projet pilote de licences pour les plateformes d’échange d’actifs cryptographiques. C’est un événement marquant du passage du Vietnam de la « zone grise » à une réglementation claire.
Trois points clés :
Barrière d’entrée : le capital social doit atteindre 10兆 VND (près de 3 milliards RMB). En comparaison, ce chiffre est plus de 16 fois supérieur au seuil de 1 milliard de PHP (environ 1,8 million de dollars) aux Philippines.
Restrictions sur les entités demandeuses : doivent être des entreprises locales. Cela signifie que Binance, Coinbase, etc., ne peuvent pas obtenir directement de licence, ils doivent passer par une coentreprise locale ou une acquisition.
Les premiers acteurs à se déclarer : SSI Securities (une grande société de courtage vietnamienne) et MB Bank (un géant bancaire), tous deux des institutions financières traditionnelles.
Chronologie : cette initiative intervient moins d’une semaine après le forum de Davos cette année.
Pendant le forum, les signaux de la compétition réglementaire mondiale ont été envoyés — le Japon annonçant la légalisation des Crypto ETFs en 2028, la FCA (Autorité financière britannique) approchant de la finalisation de la consultation réglementaire crypto, le Congrès américain avançant la « législation sur la structure du marché crypto ».
L’action du Vietnam répond à cette compétition mondiale. C’est aussi le fait actuellement connu.
Le marché crypto du Vietnam était auparavant dans une « zone grise » — ni clairement légal ni totalement interdit. Dans cet état d’ambiguïté, de nombreuses petites plateformes ont poussé comme des champignons sans licence ni régulation. La protection des fonds des utilisateurs était insuffisante, des cas de faillite ou de fuite ont été fréquents.
Le système de licences vise à faire passer le marché crypto du « profit gris » à une « échelle sous le soleil ». La barrière de 3 milliards RMB bloque les petites plateformes manquant de fonds, tout en laissant de la place aux institutions financières locales solides.
L’entrée d’acteurs traditionnels comme SSI Securities et MB Bank signifie que la garde des actifs, la conformité et la lutte contre le blanchiment d’argent seront désormais conformes aux standards financiers classiques.
L’expérience des Philippines peut servir de comparaison : fin 2025 à début 2026, la Commission nationale des télécommunications (NTC) a bloqué près de 50 plateformes non autorisées, dont Coinbase et Gemini, sur ordre de la banque centrale. Mais le volume des échanges des plateformes locales autorisées, comme PDAX, a explosé. La conformité n’a pas mis fin au marché, elle a plutôt redistribué la part du gâteau.
Le Vietnam n’est pas le premier à agir. En Asie du Sud-Est, la Thaïlande, la Malaisie et les Philippines ont toutes mis à jour leur cadre réglementaire entre 2025 et 2026.
– La Thaïlande a publié début 2026 des directives officielles pour soutenir la création d’ETF spot Bitcoin et Ethereum, intégrant les actifs cryptographiques dans le cadre de la « loi sur les dérivés ». Pour attirer les investisseurs institutionnels, le ministère des Finances thaïlandais a prolongé jusqu’en décembre 2029 l’exonération de l’impôt sur les gains en capital.
– La Malaisie adopte un modèle de « double gestion » : la Securities Commission (SC) qualifie les cryptomonnaies à caractère d’investissement de « titres », la Banque nationale (BNM) supervise la lutte contre le blanchiment. Actuellement, 6 plateformes agréées opèrent, la SC adoptant une politique de « tolérance zéro » envers les plateformes non licenciées.
– Les Philippines ont renforcé la barrière d’entrée : selon le « Règlement sur les prestataires de services d’actifs cryptographiques » publié par la SEC en 2025, toutes les plateformes opérant aux Philippines doivent s’enregistrer en tant qu’entreprises locales, avec un capital social minimum de 1亿 PHP (environ 1,8 million de dollars).
L’action du Vietnam s’inscrit dans cette compétition réglementaire en Asie du Sud-Est, faisant partie d’une tendance régionale. Alors que ses voisins établissent des cadres réglementaires, si le Vietnam persiste dans la zone grise, il risque de perdre l’attractivité pour les institutions légitimes.
Un aspect souvent négligé est que la stratégie mondiale des entreprises Web3 se structure autour d’une nouvelle division géopolitique : Dubaï (centre de conformité) + Vietnam/Malaisie/Thaïlande (centres de développement) + marché mondial (opérations).
Dubaï, avec la création de l’organisme de régulation VARA, est devenue la destination privilégiée pour l’enregistrement et la conformité des startups Web3. Mais, le coût du talent y est élevé, tout comme celui du développement technologique et de l’écosystème.
Le Vietnam, la Malaisie, la Thaïlande, avec leurs faibles coûts de main-d’œuvre et leur soutien politique, deviennent des « centres de développement ». La mise en place d’un système de licences au Vietnam marque la transition du « développement gris » au « développement conforme » — les entreprises peuvent légalement établir des équipes techniques, développer des DApps et des infrastructures, sans craindre un changement soudain de politique.
Ce découpage géopolitique, en formation, est une excellente nouvelle pour l’industrie Web3. Les entreprises peuvent confier la conformité à Dubaï, le développement au Vietnam, et couvrir le marché mondial. Cette logique de « flux pour ressources » est plus durable que la simple stratégie de « délocalisation sans conformité ».
Un capital social de près de 3 milliards RMB, ce n’est pas élevé pour les institutions financières traditionnelles, mais c’est une barrière difficile à franchir pour les entreprises crypto natives locales. Cela pourrait conduire à un monopole des acteurs traditionnels, freinant l’innovation.
L’expérience de Singapour peut servir de référence : la MAS (Monetary Authority of Singapore) a mis beaucoup de temps à examiner les licences d’échange crypto, en insistant sur la lutte contre le blanchiment et la gestion des risques techniques. Résultat : beaucoup de startups innovantes ont été exclues, ont quitté Singapour. La régulation mature a aussi fait perdre certains acteurs innovants.
Le Vietnam risque-t-il de faire la même erreur ? Si des institutions comme SSI Securities ou MB Bank dominent, auront-elles la motivation d’encourager l’émergence de nouvelles activités ? Ou considéreront-elles la crypto comme « un autre produit financier » à exploiter, sans réelle compréhension de la culture Web3 ?
Les coûts liés à la conformité — KYC, garde des fonds, rapports réglementaires — seront probablement répercutés sur les utilisateurs. Si les frais de transaction dans les plateformes agréées vietnamiennes sont nettement plus élevés que sur les plateformes internationales, certains utilisateurs pourraient se tourner vers le marché noir ou utiliser VPN pour accéder aux plateformes étrangères.
L’objectif de la conformité est de protéger les utilisateurs, mais si le coût devient trop élevé, cela pourrait pousser ces derniers vers des canaux moins sûrs.
Le marché crypto vietnamien étant encore à ses débuts, la question est de savoir si les autorités disposent des compétences techniques et des talents nécessaires pour réguler des protocoles DeFi complexes, des échanges cross-chain ou l’émission de stablecoins.
Le problème pratique : SSI Securities et MB Bank maîtrisent peut-être bien la finance traditionnelle, mais manquent d’expérience sur la gouvernance on-chain, la sécurité des smart contracts ou le liquidity mining. Si les régulateurs manquent aussi de cette expertise, la licence pourrait devenir une simple « conformité formelle » — une régulation de façade, incapable d’identifier les vrais risques.
Un autre point : l’incertitude géopolitique
Le marché crypto vietnamien couvre principalement l’Asie du Sud-Est, une région où la situation géopolitique est complexe. L’influence des États-Unis, la relation entre la Chine et l’ASEAN, la coordination réglementaire avec les pays voisins — autant de facteurs pouvant impacter la stabilité des politiques.
Si le cadre réglementaire vietnamien ne s’aligne pas avec ceux de ses voisins (Thaïlande, Malaisie), cela compliquera la conformité transfrontalière. Les produits développés au Vietnam pourront-ils fonctionner sans problème en Thaïlande ou aux Philippines ? Sinon, le rôle de « centre de développement » du Vietnam sera fortement limité.
Le seuil de près de 3 milliards RMB et la priorité donnée aux institutions locales envoient un message clair : le Vietnam ne veut pas devenir le prochain Philippines (faible seuil, forte activité), mais faire un choix entre Hong Kong et Singapour.
La voie hongkongaise est « retail-friendly + innovation financière » : permettre le trading de détail, approuver des ETF spot, créer un sandbox pour la stablecoin. Cette ouverture attire beaucoup de capitaux asiatiques, mais implique aussi des coûts réglementaires et des risques plus élevés.
La voie singapourienne est « institution-friendly + contrôle strict du retail » : la MAS ne favorise pas la spéculation par les particuliers, mais pousse fortement l’utilisation de la blockchain pour le règlement wholesale et la titrisation d’actifs (ex : Project Guardian). La barrière d’entrée y est très haute, mais l’écosystème y est plus stable.
La politique de seuil de 3 milliards RMB et la priorité aux institutions, propre au Vietnam, ressemble davantage à la voie singapourienne. Mais la question est : le Vietnam, avec ses infrastructures financières et ses talents, peut-il soutenir une régulation « de haut niveau » pour les institutions ?
Si le Vietnam veut devenir « le Singapour de l’Asie du Sud-Est », il lui faudra plus que des licences : il doit aussi renforcer son cadre juridique, constituer une équipe de régulation professionnelle, et s’aligner en profondeur sur les standards internationaux. Tout cela demande du temps et des ressources.
Pour le Vietnam, la voie hongkongaise, c’est une accélération de la liquidité, attirer les fonds de détail, faire de Hanoï un centre crypto en Asie du Sud-Est. Mais la question est : la régulation vietnamienne a-t-elle la capacité technique pour gérer la complexité du marché retail ? Si des risques apparaissent pour les investisseurs particuliers, le Vietnam pourra-t-il offrir un mécanisme de recours efficace comme Hong Kong ?
Une troisième voie : « centre de développement + conformité à distance »
Peut-être que le Vietnam n’a pas besoin de devenir Hong Kong ou Singapour. Il peut suivre une troisième voie : devenir un centre de développement pour les entreprises Web3, tout en confiant la conformité à Dubaï, Hong Kong ou Singapour.
Ce découpage géopolitique en train de se former est une excellente nouvelle pour l’industrie Web3 : les entreprises peuvent confier la conformité à Dubaï, le développement au Vietnam, et couvrir le marché mondial. Cette logique de « flux pour ressources » est plus durable que la simple délocalisation sans conformité.
L’impact direct de la licence concerne principalement les utilisateurs cryptos vietnamiens. Avant, ils pouvaient choisir librement entre plateformes internationales ou petites plateformes locales, avec des frais faibles et peu de barrières.
Désormais, si le Vietnam applique strictement la réglementation, les plateformes non licenciées seront bloquées (comme aux Philippines). Les utilisateurs devront se tourner vers SSI Securities ou MB Bank, qui détiennent des licences.
Avantages : fonds protégés, KYC réglementaire, recours possibles en cas de problème.
Inconvénients : les frais de transaction pourraient augmenter, le choix de cryptomonnaies pourrait se réduire (les régulateurs n’approuvent souvent que les principales), l’innovation pourrait ralentir.
Les jeunes utilisateurs vietnamiens, habitués à Binance ou autres, risquent d’être déstabilisés par cette transition. Si les plateformes locales ne peuvent pas offrir une expérience équivalente, certains se tourneront vers VPN ou échanges P2P hors régulation, créant de nouvelles zones d’ombre réglementaires.
L’objectif de la régulation est la protection des utilisateurs, mais si elle est trop rigide, elle peut pousser vers des canaux moins sûrs. Le Vietnam doit trouver un équilibre entre « protection » et « vitalité du marché ».
La voie hongkongaise attire les particuliers et la liquidité, mais nécessite une régulation très forte. La voie singapourienne est stable mais très exigeante, avec une infrastructure financière mature. Le Vietnam ne possède ni l’un ni l’autre.
Mais la troisième voie est plus réaliste : devenir un centre de développement Web3, en profitant des faibles coûts de main-d’œuvre et du soutien politique, tout en confiant la conformité à Dubaï ou Hong Kong. La barrière de 3 milliards RMB a pour but de faire passer le marché du « gris » au « développement conforme » — permettre aux entreprises de créer légalement des équipes, de développer des produits, sans craindre un changement soudain de politique.
C’est la première fois que le Vietnam réglemente officiellement une « plateforme d’échange d’actifs cryptographiques » comme un secteur financier à part entière.