La guerre en Iran et le choc énergétique ont révélé la vulnérabilité de l'économie européenne

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Source : Zhou Ziheng

Traduction : Bian Gui Compte

Impact direct de la fermeture du détroit d’Hormuz

Après que la guerre en Iran est entrée dans une phase complexe en 2026, ses effets se sont rapidement étendus du régional au cœur de l’économie mondiale. En tant que passage clé pour le transport mondial de pétrole, le détroit d’Hormuz voit passer environ 100 navires par jour, dont 60 % à 70 % sont des pétroliers et des navires de gaz naturel liquéfié. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie et de l’Agence américaine d’information sur l’énergie, ce détroit représente environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers et environ 25 % du commerce maritime pétrolier. Avant le conflit, la production quotidienne de la région du Golfe était d’environ 27 millions de barils, constituant une partie essentielle pour satisfaire la demande mondiale quotidienne de 104 à 106 millions de barils.

Après l’annonce de l’accord de cessez-le-feu, la navigation dans le détroit reste fermée, avec au moins 800 navires bloqués dans le golfe Arabique. L’Organisation maritime internationale a averti que la facturation de frais de transit pourrait établir un dangereux précédent, menaçant le système mondial de commerce maritime. L’Union européenne a clairement rejeté de telles « actions de piraterie commerciale », estimant qu’elles violaient le droit de passage inoffensif prévu par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982. Environ 137 navires transitent quotidiennement, et si une taxe de 2 millions de dollars par passage était imposée, cela générerait un revenu annuel d’environ 94 milliards de dollars, soit un quart du PIB iranien, mais le coût serait finalement supporté par les consommateurs mondiaux.

La perturbation de l’approvisionnement en pétrole s’est intensifiée. Selon les données de Kpler et Vortexa, les exportations pétrolières des pays du Golfe ont chuté de 61 % à 71 % en mars. L’Irak a connu la plus forte baisse, suivie du Koweït, du Qatar, des Émirats arabes unis et de Bahreïn, qui ont tous connu une forte diminution. L’Arabie saoudite et les Émirats, disposant de canaux d’exportation alternatifs, ont été relativement moins affectés. La production mondiale de pétrole a diminué d’environ 43 % en mars, atteignant 15,3 millions de barils par jour. Selon le rapport de l’Agence internationale de l’énergie, cette interruption d’approvisionnement a eu un impact supérieur aux prévisions avant le conflit, la baisse des exportations ayant directement entraîné une hausse des prix de l’énergie.

Vulnérabilité de la structure d’importation d’énergie en Europe

Le continent européen dispose de ressources énergétiques limitées, avec des coûts d’exploitation élevés, et dépend fortement des importations à long terme. En 2025, la valeur des importations d’énergie de l’UE s’élevait à 336,7 milliards d’euros, soit l’équivalent de 723,3 milliards de tonnes. La majorité de ces importations concernent le pétrole, avec une part croissante en provenance des États-Unis, atteignant 15,1 %, suivie de la Norvège (14,4 %), du Kazakhstan (12,7 %) et du Moyen-Orient (environ 13 %), principalement l’Arabie saoudite et l’Irak. Les importations de gaz naturel liquéfié ont augmenté de 24,4 % en 2025 par rapport à l’année précédente, avec une part de 56 % provenant des États-Unis. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’UE a réduit ses importations de gaz russe de 1500 milliards de mètres cubes en 2021 à 410 milliards en 2025, et la part du pétrole brut russe dans ses importations est passée de 27 % à 3 %.

Cependant, la fermeture du détroit d’Hormuz a rompu l’équilibre des efforts de diversification. Au premier trimestre, l’UE a été contrainte d’augmenter ses importations de GNL en provenance de Russie pour faire face à la pénurie d’approvisionnement au Moyen-Orient. Cela a mis en évidence la faiblesse structurelle de la sécurité énergétique européenne : tout en dépendant des importations, l’Europe manque de capacités de tampon suffisantes pour faire face à des chocs géopolitiques multiples. Au cours des vingt dernières années, l’UE a accéléré le déploiement d’énergies renouvelables, notamment en Allemagne, en Espagne et dans les pays nordiques, avec des projets solaires et éoliens, mais il lui est encore difficile de remplacer complètement les combustibles fossiles à court terme. L’Espagne, grâce à d’importants investissements dans les énergies renouvelables, a montré une stabilité relative dans la maîtrise des prix de l’énergie, avec un taux de croissance économique supérieur à 2 %, tandis que des pays comme l’Italie, confrontés à la mise en pause du champ gazier de Ras Laffan au Qatar, font face à des pénuries de gaz naturel, et le Premier ministre italien a visité la région du Golfe pour rechercher des approvisionnements alternatifs.

Les prix de l’énergie ont augmenté de 40 % à 70 %, dépassant largement la capacité de résistance économique. Selon l’Institut Ifo de Munich, cette crise a directement impacté les industries à forte consommation d’énergie telles que l’automobile, la chimie et l’aluminium. Le commissaire européen à l’énergie et au logement a appelé à augmenter l’utilisation des transports publics et à promouvoir la conduite économe en énergie, mais l’effet à court terme reste limité.

Analyse de l’impact économique sur les principaux pays européens

La reprise économique de l’Allemagne est freinée. La croissance du PIB allemand prévue avant la guerre était de 1,2 %, elle a été révisée à 0,6 %, la crise au Moyen-Orient aggravant la baisse de la demande industrielle. L’impact sur les prix de l’énergie est comparable à celui de la pandémie de COVID-19 ou de la guerre en Ukraine. Bien que la politique budgétaire expansionniste ait atténué partiellement le ralentissement, elle ne peut pas compenser entièrement le coup porté à l’industrie manufacturière. La hausse des prix de l’essence dans les stations-service berlinoises illustre cette pression sur le quotidien des citoyens.

Le Royaume-Uni, l’un des pays industrialisés d’Europe du Nord-Ouest les plus gravement touchés, pourrait voir son taux d’inflation passer de 2,5 % à 4 %. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a revu à la baisse ses prévisions de croissance économique pour 2026, passant de 1,1 % à 0,7 %. Le déficit budgétaire pour l’année fiscale s’élève à environ 125,9 milliards de livres sterling, et la demande de prêts pour 2026-2027 devrait atteindre 250 milliards de livres. La hausse des coûts énergétiques limite la capacité de la Banque d’Angleterre à réduire ses taux d’intérêt pour stimuler l’investissement, ce qui a un impact direct sur les consommateurs et les détenteurs de prêts hypothécaires.

La croissance économique de la France devrait ralentir à 0,8 % en 2026, en dessous des prévisions d’avant la guerre. Le déficit budgétaire dépasse 5,4 %, et la dette publique dépasse 112 %. Le prix de l’essence approche les 3 euros par litre, ce qui impose une charge importante aux consommateurs, mettant en danger le pouvoir d’achat de la classe moyenne. Selon les analyses de la Banque de Paris, cette crise énergétique a entraîné une inflation plus modérée qu’en 2022, et la croissance devrait ralentir, mais la reprise globale restera affectée.

Les situations de l’Italie, de la Grèce et d’autres pays varient. La consommation de gaz naturel en Italie, dont 30 % dépend des champs affectés, ne croît que de 0,4 %. La Grèce et le Portugal, reposant sur le tourisme, les services et l’agriculture, ont mieux amorti la hausse des prix alimentaires. La Norvège, principal fournisseur de pétrole et de gaz, bénéficie de la hausse des prix de l’énergie et de la perturbation du détroit, maintenant un niveau de vie élevé. Le port de Rotterdam, le plus grand d’Europe, bien que touché par la volatilité du commerce mondial, maintient une bonne cote de crédit grâce à ses échanges avec les États-Unis. L’Irlande, centre d’investissement technologique, affiche une stabilité économique relative.

Pressions inflationnistes et perspectives de reprise

Selon l’Office statistique de l’Union européenne, la croissance économique de l’UE au quatrième trimestre 2025 était d’environ 0,3 %, celle de la zone euro de 0,4 %. En se basant sur une croissance moyenne de 1,5 %, le PIB des 27 États membres devrait atteindre 22,5 trillions d’euros d’ici la fin 2026. Cependant, les effets résiduels de la guerre ont fait de l’Europe la région de l’industrialisation majeure avec la croissance la plus faible, avec une prévision de croissance globale de seulement 0,6 % à 0,8 %, avec des différences importantes entre les pays.

L’augmentation des coûts de l’énergie en est la principale cause. Bien que l’Europe reste la troisième économie mondiale, sa capacité de production interne est limitée par rapport à la Chine, qui produit plus de 4 millions de barils par jour. L’Espagne, grâce à ses projets éoliens et solaires, a réussi à stabiliser efficacement les prix, tandis que la Norvège et les Pays-Bas atténuent l’impact par le commerce et leur position portuaire. Les pays fortement dépendants de l’énergie, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, font face à des défis plus importants.

Les analyses du Fonds monétaire international et de l’Organisation de coopération et de développement économiques montrent que cette crise, par le biais des prix de l’énergie, des chaînes d’approvisionnement et des marchés financiers, a des impacts régionaux très différenciés. Comparée à la guerre en Ukraine, cette crise a trouvé une Europe relativement mieux préparée, mais la volatilité des marchés mondiaux reste une vulnérabilité majeure. Si l’inflation ralentit, la hausse persistante des prix de l’énergie limite toujours l’investissement et la consommation.

Défis géopolitiques et sécurité énergétique à long terme

La guerre en Iran met en évidence la vulnérabilité géopolitique du modèle économique européen. Un accord avec l’Iran pourrait aggraver les efforts européens de reprise après des années de déclin. Les pays européens craignent que Washington ne redéploie ses stratégies au Moyen-Orient sans prendre en compte pleinement leurs intérêts. La tension au sein de l’OTAN s’intensifie, certains pays interdisant l’utilisation de bases américaines pour les avions de combat, et la guerre commerciale et les chocs énergétiques accentuent les divisions transatlantiques.

À long terme, l’Europe doit accélérer sa transition énergétique. Augmenter le déploiement d’énergies renouvelables domestiques, diversifier ses canaux d’importation et constituer des réserves stratégiques sont essentiels. La Commission européenne prévoit qu’en 2027, l’objectif de se libérer totalement de la dépendance à l’énergie russe sera mis à l’épreuve. La perturbation des approvisionnements du Moyen-Orient pousse l’Europe à réévaluer son autonomie en matière de sécurité énergétique, dans un contexte de divisions mondiales, en équilibrant ses décisions économiques.

Stratégies européennes et influence internationale

Face à la crise, l’UE appelle à une coordination dans la gestion du stockage d’énergie, à la mise en œuvre des recommandations de l’Agence internationale de l’énergie, et à l’adoption de politiques collectives. L’expérience en matière d’énergies renouvelables de l’Espagne et des pays nordiques offre des références, tandis que la hausse des prix de l’énergie en Norvège rappelle l’importance de la diversification. Bien que le Royaume-Uni, après le Brexit, ait renforcé sa capacité d’adaptation, il reste plus vulnérable aux marchés mondiaux de l’énergie.

Au niveau mondial, cet événement redéfinit la configuration des flux énergétiques. L’Asie supporte la majorité du flux pétrolier du Golfe d’Hormuz, mais l’Europe, en tant que principal importateur, voit ses perspectives de reprise économique s’assombrir, ce qui freinera la croissance mondiale. Les alternatives aux pipelines sont limitées, et si l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis peuvent dévier une partie des exportations, cela ne suffit pas à compenser totalement la coupure du détroit. Les réserves stratégiques de pétrole offrent un tampon à court terme, mais le modèle économique européen, fortement dépendant des importations, doit rapidement se réformer structurellement.

La guerre en Iran et la crise énergétique ne sont pas seulement une crise d’approvisionnement à court terme, mais aussi une révélation systémique de la vulnérabilité économique de l’Europe. Dans un contexte d’incertitude géopolitique croissante, l’Europe doit renforcer sa coordination interne, accélérer sa transition verte et diversifier ses diplomaties pour équilibrer sécurité énergétique et croissance économique. C’est la seule voie pour reconstruire la résilience économique dans un monde turbulent.

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